|
|
Attention au Super
Dollar Américain
Article publié le 12 décembre 2007
La position de super puissance mondiale des États-Unis
pourrait-elle être remise en cause si le dollar perdait son
statut de « super devise » ? Peut-être pas, mais nul doute que
les Américains trouveront bien plus coûteux l’exercice de
l’hégémonie mondiale si le dollar venait à tomber de son
piédestal.
Jusqu’à présent, les Américains ont engrangé les bénéfices en
empruntant à bas prix auprès d’étrangers complaisants et en
investissant cet argent dans des actions, des obligations et des
terrains à haut rendement à l’étranger. En comptant les
plus-values, les Américains ont empoché entre 300 et 400
milliards de dollars par an au cours des dernières années – un
montant à peu près équivalent à celui du budget de la Défense
américain.
L’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing s’était
autrefois plaint du « privilège exorbitant » que représentait le
dollar américain. Il était scandalisé que les États-Unis
puissent inonder le monde de leur devise et accumuler des dettes
sans pour autant avoir à en payer le prix sous forme d’une
hausse de l’inflation ou des taux d’intérêt.
La moitié au moins des 800 milliards de dollars de billets en
circulation sont détenus à l’étranger, principalement dans les
économies informelles mondiales. Mais les profits vraiment
importants tiennent au fait que des institutions comme la Banque
populaire de Chine et la Banque du Japon détiennent passivement
d’énormes volumes de bons du Trésor américains à faible taux
d’intérêt, tandis que les Américains investissent massivement
dans le capital-risque, dans les fonds spéculatifs et les
banques d’investissement, dans le monde entier, en empochant
d’énormes bénéfices.
Tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes et la
suprématie financière américaine a permis d’alléger le coût de
fonctionnement de la superpuissance. Mais entre la crise des
crédits hypothécaires à risque et le déclin persistant du
dollar, il semble aujourd’hui que le privilège exorbitant des
États-Unis se lézarde.
Le dollar s’est déprécié de 25 pour cent au cours des cinq
dernières années, et si les États-Unis entrent en récession –
une probabilité de 50/50 aujourd’hui – le dollar perdra encore
de sa valeur. Les investisseurs étrangers remanient déjà leurs
portefeuilles, en les diversifiant en euros, en livres et même
en devises d’économies émergentes comme le real brésilien et le
rand sud-africain. Les discutables « fonds souverains », qui
investissement au nom de gouvernements du Moyen-Orient, d’Asie,
du gouvernement russe et autres, ne sont qu’un autre exemple de
la recherche d’alternatives aux obligations à faible rendement
en dollars, qui se déprécient rapidement.
Même sans diversification des portefeuilles, les Américains ne
doivent pas s’attendre à ce que leur chance récente se
maintienne. Si un ralentissement économique mondial se
concrétise, toute région qui détient des actions à long terme et
des obligations à court terme se brûlera les ailes.
Il semble malheureusement que les décisionnaires américains,
confrontés aux menaces croissantes pour le statut du dollar,
soient plus enclins à profiter des maux de leur devise, qui
constitue la principale exportation du pays, qu’à les soigner.
Le gouvernement américain a lui-même tiré parti le situation en
accumulant d’importants déficits extérieurs. La Fed semble ne se
soucier des taux de change que dans la mesure où ils affectent
la croissance et l’inflation, et en ce moment la faiblesse du
dollar favorise les exportations américaines. Enfin et surtout,
la politique d’imposition de l’administration n’encourage guère
l’épargne privée, compte tenu en particulier du traitement
préférentiel accordé à la taxation des biens immobiliers.
Nous pensons depuis un certain temps déjà que sans ajustements
proactifs de la politique monétaire, le dollar s’expose à un
déclin brutal, avec les nombreux risques concomitants. Ce
scénario semble hélas se préciser aujourd’hui.
Rien qu’en 2007, le dollar s’est déprécié de 10 pour cent de
plus en termes de pouvoir d’achat face aux principaux
partenaires commerciaux des Etats-Unis, et il pourrait décliner
à la même vitesse en 2008 – ou plus rapidement encore si les
investisseurs décident de quitter le navire. Lorsque le Premier
ministre chinois, les chefs d’États de l’OPEC et les mannequins
les mieux payés de la planète s’inquiètent tous de la mauvaise
santé du dollar, il est clair qu’il faut s’attendre à des
remous.
La bonne nouvelle pour les Américains est que le système
commercial et financier mondial se caractérise par une énorme
inertie. Il a fallu plusieurs décennies et deux guerres
mondiales pour que la livre sterling perde son statut de super
devise. Et il n’y a aucun successeur évident au dollar pour le
moment.
En effet, la crise des « subprimes » a montré que le système
financier européen semblait aussi vulnérable que celui des
États-Unis. Pareillement, même si le yuan chinois sera roi dans
cinquante ans, la mauvaise santé du système financier chinois
empêchera sa consécration dans un avenir proche. Une énorme
proportion des échanges commerciaux internationaux est toujours
libellée en dollars, même si certains membres de l’OPEC, comme
le président vénézuélien Hugo Chavez, prônent la rébellion. Et
le dollar compte toujours pour plus de 50 pour cent des réserves
en devises étrangères des banques centrales.
Mais les signaux d’alerte sont au rouge. À moins que les
États-Unis se décident à agir, ils pourraient assister à un
déclin radical de leur monopole monétaire. Les électeurs
américains, bien connus pour exécrer les augmentations d’impôts,
pourraient commencer à réfléchir plus sérieusement aux
véritables coûts économiques du statut de super puissance de
leur pays.
|
|